Rapport d'enchères FSA #7 - L’abolition du facteur temps

 

Ce vendredi 10 décembre 2021 prenait fin la septième et dernière édition de l’année 2021 de Fine Spirits Auction, clôturant en beauté la première année d’existence de la plateforme.

L’omniprésence, pour ne pas dire la domination, des embouteillages modernes et le succès qu’ils ont remporté n’ont guère laissé de doute sur ce qui devrait animer le marché des spiritueux pour 2022 !

Qu’il s’agisse de whisky ou de rhum, ces deux catégories remettent en cause le sacro-saint principe qui régissait il y a encore peu le marché des raretés : le facteur temps. Une bouteille ne devenait un collector/une rareté, qu’une fois passée l’épreuve du quinquennat simple ou double ! Ce rapport au temps commença à s’effriter après la crise de 2008, à la faveur d’une demande forte et soudaine exercée sur la catégorie des single malts premium et super premium de la part d’une nouvelle clientèle internationale exigeante et fortunée. Cette tension eut plusieurs conséquences dont la remise en question de la notion d’âge comme gage de qualité par les producteurs eux-mêmes. Désireux de s’affranchir de cette garantie, devenue une contrainte et un frein à leur développement, ils bénéficièrent du mouvement plus global et international de renouveau qui toucha non seulement leur outil de production et le profil de leur clientèle, mais vit aussi émerger de nouveaux territoires de production, promoteurs des éditions limitées sans âge et, dans la majorité des cas, bien plus chères.

Contre toute attente, c’est du Japon - pays si profondément enraciné dans ses traditions - qu’est venue la première vague qui, telle un tsunami, mit un terme à l’étalon de valeur « temps » et donna un nouveau tempo au marché des flacons rares issus de distilleries anciennes, mais aussi récentes. Les vagues suivantes touchèrent simultanément l’Ecosse, et plus particulièrement l’île d’Islay (Ardbeg, Laphroaig, Bruichladdich, Octomore etc.), le Kentucky (Blanton’s, The Antique Collection etc.) et plus récemment mais de façon très subite, la catégorie des rhums et plus particulièrement des « Demerara Rums ».

FSA clôture sa première année d’existence par une illustration parfaite de ces évolutions et de la frénésie qui s’est emparée du marché des raretés quand il s’agit de certaines distilleries, gammes ou négociants. Mais elle témoigne aussi d’une certaine « fracture générationnelle ». Parce que trop rares ou trop datés, certains flacons n’interpellent plus qu’une minorité d’enchérisseurs et ne progressent plus de façon systématique. Ils ne semblent pas trouver écho auprès de cette nouvelle génération d’acheteurs tournée vers des catégories dont elle est contemporaine.

La fracture générationnelle semble ne pas avoir épargné l’univers des spiritueux, et si « à chaque génération sa collection », alors les whiskies français pourraient bien devenir dans les années à venir un nouvel El Dorado pour collectionneurs !?

                                                                                                                                         

FSA#7 EN QUELQUES CHIFFRES

WHISKIES JAPONAIS : avec seulement 13% des lots, les whiskies japonais contribuent à hauteur de 39% des ventes globale réalisées. Si la part des whiskies japonais est stable par rapport à la dernière vente, cette édition, en raison de la qualité des lots proposés, a vu doubler la proportion de valeur générée.

Sans surprise, Hanyu et Karuizawa sont les gammes/distilleries les plus créatrices de valeurs. Une mention spéciale doit être faite sur le millésime 1981 de Karuizawa qui se négocie en moyenne à € 7 670 contre une moyenne de € 4 366 en avril dernier. De façon moins spectaculaire mais tout aussi parlante, Karuizawa 1977 Ama Fisher Girl (Cask#7026) est parti à € 10 738 contre € 9 086 en avril dernier.

Du côté Nikka, les versions millésimées & single casks des distilleries Yoichi et Miyagikio continuent à progresser et de façon très nette par rapport au début d’année. Mais elles restent encore en deçà des valeurs atteintes (à millésimes équivalents) chez ses concurrentes. Nikka offre cependant toujours de belles opportunités.

Si 100% des lots proposés avaient un prix de réserve (pouvant être perçu comme un frein pour une enchère), seuls 8% des lots n’ont pas trouvé acquéreur, ce qui témoigne du dynamisme de la catégorie.

CARONI & OLD DEMERARA RUMS :

Si une conclusion doit être tirée de cette vente, c’est qu’au paradis de la canne à sucre, il y a rums et rhums. Il y a même, pour ce qui est des distilleries, Caroni et le reste ; et pour ce qui est du négoce, Velier et le reste. Si le constat est dur, la fracture apparue au sein de la catégorie des rhums au fil des ventes de cette année s’est confirmée au cours de cette édition. Dès les premières heures de la vente, les dés furent jetés. Les premières enchères, toute catégories confondues, furent portées sur les rhums Caroni et Old Demerara Rums. Et bataille fut livrée de façon frénétique jusqu’au terme de la vente.

De façon plus globale, sur la catégorie « rhum traditionnel » tout s’est vendu. Les mises en bouteilles de Compagnie des Indes, That Boutique Y, Rum Nation ont toutes trouvé acquéreur. La catégorie « rhum agricole » a quant à elle été moins plébiscitée par nos acheteurs, exception faite pour La Favorite et Neisson qui ont porté haut les couleurs du rhum « version française » !

A noter que pour la première fois, toutes éditions de FSA confondues, la catégorie des rhums représentait 1/4 des lots proposés et 1/4 de la valeur globale générée sur la vente. Mais les disparités au sein même de la catégorie sont criantes. 69% des lots proposés étaient signés Velier (Caroni et Old Demerara Rum), représentant plus de 90% de la valeur générée par la catégorie des rhums.

Au sein de Caroni, c’est la gamme Employee qui fut très attendue. Toutes les estimations hautes furent atteintes et/ou dépassées avec une moyenne de € 2 183 par bouteille. Du côté de la gamme Old Demerara Rums, c’est haut la main que Skeldon 1978 a remporté la mise avec une enchère à  € 17 818. De quoi en laisser plus d’un pantois ou rêveur !

ISLAY

Avec 14% des lots, les Islay ne représentent que 10% de la valeur générée sur FSA#7. Pourtant cette catégorie est l’une des plus stables qui soit avec seulement 3% d’invendus au sein même de la catégorie. C’est aussi celle où les bons plans se trouvent pour les amateurs de tourbe, avec des Port Ellen à € 767 , un Elements Of Islay Elixir Distillers AR11 Full Proof à € 213.00.

LE PALMARES : autres catégories 

                         

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